Les justices seigneuriales de l'évêché de Tréguier
(Yannick Botrel) Extraits de l'ouvrage

AVAUGOUR (la baronnie)

La baronnie d'Avaugour est confisquée aux Penthièvre à la suite de l'attentat dont ils se sont rendus coupables sur la personne du duc Jean V. En 1453 le duc Pierre II remet l'emplacement du château, situé à Saint-Péver, à son neveu Jean de Laval et le reste des terres d'Avaugour à Yvon de Roscerf, seigneur du Bois-de-La Roche, mais ceci à titre provisoire et en réservant les droits de prééminences et de souveraineté. Reconstituée en 1480 par le duc François II pour son fils naturel François de Bretagne, Avaugour, portant le titre de «première baronnie de Bretagne», comprend les châtellenies de Paimpol, Lanvollon et Châtelaudren. Cette première donation est suivie et complétée d'une autre, en 1481, portant cette fois sur les seigneuries et châtellenies de La Roche-Derrien, Châteaulin-sur-Trieux et Pontrieux. Telle est l'origine de la baronnie d'Avaugour.

"Les justices seigneuriales de l'évêché de Tréguier" par Yannick Botrel aux Editions de La Plomée.

La châtellenie de Châtelaudren s'étend pour la partie relevant de Tréguier à la paroisse et seigneurie de Plouagat et ses trèves, à Goudelin et sa trève, à Ploumagoar et ses trèves, à Boquého et aux trèves de Plésidy. Dans la ville de Châtelaudren se trouvent l'auditoire et la prison ; la seigneurie y possède la cohue, un droit de marché chaque lundi et quatre foires l'an. Les juridictions de Beauregard-Quintin au Guéméné, dont le château est à Saint-Clet, la vicomté de Quemper-Guézénnec-Pontrieux-Frinaudour relevant d'Avaugour en proche et arrière-fief, Goudelin, La Feuillée, Perrien, Liscoët, Locmaria, Munehore, Villeneuve-sur-Trieux, Coatcanton à Quemper-Guézennec, Kerdaniel, prétendant toutes à la haute justice, Malros et Kermartin au nombre des moyennes et basses justices, sont inférieures à la châtellenie de Châtelaudren.

Sous la châtellenie de Châteaulin-Pontrieux se trouvent Ploézal, Plouëc, Pleubian avec dans ces paroisses plusieurs seigneuries relevant prochement et ligement d'elle : La Roche Jagu, Cosquer-Kericuff, Lisquilly-Briantel, Kerhouarn, Kercabin et Troniou-Kertoupin, Trogoff, Lestrézec, Kerhos, Réchou, Launay.

La châtellenie de La Roche-Derrien consiste en cette seule ville, deux villages de Pommerit-Jaudy, Pen Bizien et Kervaudu, et Kersalliou, haute justice de Pommerit-Jaudy qui est la seule juridiction dans sa mouvance.

En 1681 la baronnie d'Avaugour conteste ou réserve, mais à tort, l'exercice de la plupart de ces juridictions inférieures sous le prétexte qu'elles auraient été usurpées. Outre que la position du seigneur supérieur paraisse pour le moins excessive, on peut observer qu'elle n'a guère été suivie d'effets.

Dans toute l'étendue de la baronnie, le baron d'Avaugour est fondateur, prééminencier et seul seigneur supérieur dans toutes les églises chapelles et hôpitaux, pour lesquels il a le droit de patronage et présentation. Se rapportant à La Roche-Derrien, il possède le droit de lever une coutume de six deniers sur chaque tonneau de vin entrant ou déchargeant dans le Jaudy, de Tréguier à La Roche-Derrien. Selon une enquête de 1416-1419, la vicomté de Quemper-Guézennec et la seigneurie de Léhart sont issues en juveignerie de la Maison d'Avaugour.

La dévolution : Fils du comte Alain et héritier du Penthièvre et de Tréguier, le comte Henry, âgé d'une dizaine d'années, voit Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, s'emparer de la plus grande part de ses possessions vers 1214 ne lui laissant que le Goëllo. Le comte Henry, ainsi réduit à ne plus disposer que d'un modeste apanage, va prendre dès 1217 le nom d'Henry d'Avaugour. Le château d'Avaugour, dont le jeune comte a pris le nom, se dresse sur un éperon dominant le cours du Trieux à l'extrémité occidentale de Plésidy «au terrouer de Goëllo», aujourd'hui Saint-Péver. Né en 1205 le comte de Goëllo, ayant épousé Marguerite de Mayenne vers 1225, meurt en 1281 au couvent des Cordeliers de Dinan où il est entré comme novice quelques années auparavant. Son petit-fils Henry, ou Henriot, marié en 1270 à Marie de Brienne, dite de Beaumont, recueille l'héritage de son grand-père en 1278, dont le comté de Goëllo, et meurt en 1301. Henry, troisième du nom, né vers 1280, épouse en 1306 Jeanne d'Harcourt, dame de L'Aigle ; il meurt en 1334 en se rendant en Avignon où se trouve le pape. Leur fille Jeanne d'Avaugour épouse en 1316 Guy de Bretagne, frère cadet du duc Jean III et mit par lui en possession du comté de Penthièvre en 1317. De cette union naît Jeanne de Penthièvre, unique héritière, qui épouse en 1337 à Paris Charles de Blois, prétendant malheureux à la couronne ducale lors de la guerre de succession de Bretagne. En 1420 les petits-enfants de Jeanne de Penthièvre, conduits par sa belle-fille Marguerite de Clisson, fomentent un complot contre la personne du duc Jean V. L'échec de la conspiration a pour les Penthièvre des conséquences énormes, puisqu'il aboutit à la confiscation de leurs seigneuries, dont Avaugour et le Goéllo, ce qui marque la fin de la Maison d'Avaugour.

François de Bretagne reçoit Avaugour en 1480. Vont ensuite lui succéder : François II ; François III, mort sans descendance ; Odet, son frère, ayant épousé Renée de Coésmes ; en 1602 Charles de Bretagne, époux de Philippine de Saint-Amadour, est cité; Claude, décédé en 1637, époux de Catherine Fouquet ; Louis, mort en 1669 sans descendance directe ; Claude, son frère, décédé en 1699 ayant épousé en 1673 Anne-Judith Le Lièvre ; Armand-François, fils des précédents, mort en 1734 sans s'être marié ; Henri-François, son frère, décédé en 1746 sans postérité. Claude de Bretagne est baron d'Avaugour en 1751 puis la baronnie échoit à Marie de Bretagne, épouse cl'Hercule-Mériadec de Rohan, prince de Soubise. En 1781 Avaugour est à leur petit-fils, Charles de Rohan, maréchal de France et ministre d'Etat, prince de Soubise et d'Épinay, duc de Rohan-Rohan, comte de Vertus et Goéllo, baron d'Avaugour, premier baron de Bretagne, capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du roi, gouverneur des provinces de Flandres et de Hainaut, gouverneur particulier des ville et citadelle de Lille. A son décès en 1787 ses enfants, Louis-Henri et Louise-Adélaïde, héritent d'Avaugour.

Références : 1 E 63, 1 E 1776, 1 E 3374, 1 E 3375, 1 E 3459 (AD 22).


AVAUGOUR (la seigneurie)

Différente de la baronnie, la seigneurie d'Avaugour s'étend à l'ensemble Saint-Péver et Saint-Fiacre, trèves de Plésidy jadis nommées «Plésidy entre les deux bois» ou «Plésidy au terroir de Goëllo». Il est possible qu'elle puisse tirer son origine de la décision du duc François II en 1469 d'enlever la «seigneurie de Plésidy et la motte du château d'Avaugour» de la juridiction de Châtelaudren pour la rattacher au ressort du Goëllo. Cette seigneurie possède la haute, moyenne et basse justice. Elle s'exerce sous le comté et baronnie de Quintin et est qualifiée de «premier membre du duché de Larges» en 1761. En 1783 il apparaît que sa consistance soit surtout faite de «rentes, chefrentes, redevances et obéissances plutôt d'honneur que de profit, dont il n'est fait article... attendu leur modicité...» et de droits de chasse et de pêche. Le seigneur d'Avaugour est fondateur et patron des églises de Saint-Péver et Saint-Fiacre.

La dévolution : En 1453 Pierre II fait donation à son neveu Jean de Laval de «la motte et emplacement du château d'Avaugour» en même temps que des terres de Beffou et de Belle-Isle. Amaury Gouyon, marquis de la Moussaye, comte de Quintin, vicomte de Pommerit et son épouse Henriette-Catherine de La Tour d'Auvergne, princesse de Sedan acquièrent la seigneurie d'Avaugour en 1637 de Henry de La Trémoille, pair de France et Prince de Talmont, époux de Marie de La Tour. En 1710 elle appartient à Guy de Durfort, duc de Lorges (1683-1758). Louis de Durfort (1714-1775), fils cadet du précédent est en possession de la seigneurie d'Avaugour en 1783. Renaud-César-Louis de Choiseul, duc de Praslin (1735-1791), maréchal de camp, marié à Marguerite-Guyonne de Durfort, fille du précédent, succède à son beau-père.

Références : 1 E 955, 1 E 2355 (AD 22).